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Aux sources d’Amora - histoires d’entreprises suite

Par Olivier Boudot

Toute histoire d’entreprise est avant tout une histoire humaine. Mesurée, épique  ou tourmentée ; flamboyante ou discréte, elle révèle des ambitions, des stratégies, des rêves aboutis ou non, de la mesure et, parfois, de la démesure. L’homme d’Amora, celui qui va entraîner l’entreprise, ses femmes et ses hommes dans la grande aventure, s’appelle raymond Sachot. Après des études de droit il part aux Etats-Unis pour y découvrir l’économie au sein de la Fondation Rockfeller. En 1929, après y avoir passé dix ans, il revient en France. Il entre rapidement dans une entreprise de moutarde bien connue, Bizouard, implantée à Dijon en 1919 par Armand A. Bizouard.

Ecrire une histoire d’entreprise 4-Laurent Schiaffino trahit-il son ami ?

Par Olivier Boudot

Rue de Miromesnil, dans l’appartement où Henri de Clermont-Tonnerre, gendre de Laurent Schiaffino se rendait chaque jour, la vierge de Notre-Dame-d’Afrique, du nom de la cathédrale d’Alger, sculpture en bois polychrome, suggérait le passé glorieux de l’entreprise. Au faîte de sa puissance, le dernier des Schiaffino était l’un des trois hommes les plus puissants de l’Algérie. Secret, austère il était, cmme ses pères avant lui marin et sauveteur. Dans la basilique dominant Alger, combien de messes donnéees pour les marins disparus, dont ceux qui ont péri pendant la guerre ? Laurent Schiaffino y assiste. L’armateur est un homme secret, mystérieux qui, à l’époque dominait le jeu coplexe des “conférences”, ententes tacites, toujours renouvelées pour être mieux brisées : un jeu de dupes se pratiquant à “fleurets mouchetés”. Dans les mètres cubes d’archives, les journaux de bord, les courriers, je cherche à savoir s’il a trahi l’ami de son père pendant la guerre pour s’enrichir ? Mais, aucun de tous les documents que je parcours n’apporte la réponse.

Histoires d’entreprises en sous-sol - le musée Amora

Par Olivier Boudot

Sous la houlette d’une équipe constituée dans les années 1990, la marque de moutarde dijonnaise a érigé un musée en l’honneur de son histoire. Ce musée, implanté dans les sous-sols des locaux du quai Nicolas-Rolin, aujourd’hui fermés,fut apprécié par la population dijonnaise qui s’y rendait avec plaisir. L’histoire de l’entreprise suscite un engouement d’autant plus prononcé qu’elle puise sa lisibilité dans des territoires connus. Qui, ici, n’a pas eu un parent, un ami qui n’ait travaillé chez Amora ? Et lorsque ce n’est pas le cas, la renommée de la marque renvoie chacun à une fierté partagée, à ces traditions restituées avec goût par les pièces du musée. Les documents qui étaient présentés étaient un véritable miroir de l’ingéniosité humaine, de l’esprit d’entreprise. En y ajoutant, si l’on peut dire, le sel d’anecdotes savoureuses, tous les ingrédients étaient présents pour que ce lieu, par ailleurs fort modeste, rencontre un succès mérité.


Ecrire une histoire d’entreprise - 3 les arcanes de la mémoire

Par Olivier Boudot

Derrière la quête de la vérité se cachent souvent d’autres vérités à l’apparence trompeuse. Cet aphorisme pour dire la confusion qui était la mienne alors que je remontais le temps pour essayer de trouver ce qui s’était produit lors de la seconde guerre mondiale. Qui avait dénoncé Théodore Ansbacher, réfugié dans les propriétés du duc de Valençay ? Etait-ce le duc lui même, confronté à un divorce coûteux et se plaignant auprès de Laurent Schiaffino de l’argent que Théodore lui devait ? Dans une lettre, le duc menaçait d’aller porter l’affaire au tribunal. En 1941, à Lyon, on imagine les risques qu’une plainte pourraientvaloir  Théodore Ansbacher. Laurent Schiaffino, qui, d’Algérie, essayait de maintenir sa flotte à flot entre réquisitions par l’Italie et la France dans ces contrats dont a découvert qu’ils approvisionnaient finalement l’armée allemande ? J’avais à ma disposition les immenses archives familiales et, bien sûr, l’ensemble des archives publiques. Je commençai les recherches.

Ecrire une histoire d’entreprise. 2 A l’ombre de l’histoire

Par Olivier Boudot

La mort en déportation de Théodore Ansbacher dont les actions étaient revenues à la société de Laurent Schiaffino posait d’évidentes questions. Je m’attelai à la recherche de réponses, non sans un certain trouble. Le travail de l’historien requiert une certaine distance sans laquelle l’objectivation n’est pas possible. Mais cela faisait deux ans que je travaillais sur l’histoire d’une dynastie pluriséculaire et, sans en idéaliser les protagonistes, tout ce que j’avais appris plaidait dans le sens de la fidélité des Schiaffino à leurs amis. Des premiers Schiaffino présents dès avant 1840 sur le port d’Alger à Laurent,  de nombreuses générations s’étaient déjà succédées. Et ces marins et sauveteurs maritimes semblaient courageux et loyaux. Plus encore, puisant leurs valeurs dans la terre ligure où reposaient leurs ancêtres, ils avaient fondé le développement de leurs entreprises en s’appuyant sur des cercles de proches, parents et amis. Un tel fonctionnement requiert une forme de promesse, celle de ne jamais trahir. Certes, cela ne les empêchait aucunement d’être, comme l’on dit “durs en affaires”. Ce n’était pas sans être rompu à la redoutable complexité des relations entre armateurs que Laurent allait faire de son entreprise l’un des plus puissants groupes d’Algérie. De là à l’imaginer dénoncer Théodore Ansbacher il y avait un pas – un gouffre – que je n’envisageais pas.

Ecrire une histoire d’entreprise : 1. investiguer

Par Olivier Boudot

Ecrire une histoire, quelle soit celle d’une entreprise ou une autre s’accompagne souvent à une plongée dans l’inconnu. Où et comment vais-je trouver ? Et que vais-je trouver ? A la fois historien, archiviste et enquêteur le travail du mémorialiste s’apparente à une quête, souvent passionnante. Des zones d’ombre apparaissent en cours de route et l’on comprend parfois que ce n’est pas tant la vérité qui importe – il y a souvent plusieurs facettes à une même histoire – que la rigueur, l’exigence avec laquelle on a cherché cette vérité. A titre d’illustration, lorsque je travaillais sur l’histoire des Schiaffino, cette grande famille d’armateurs ayant vécu en Algérie- j’avais à ma disposition des mètres cubes d’archives accumulées pendant près de cent cinquante ans par l’entreprise. Et, à chaque pas des questions d’autant plus lancinantes que l’ombre des guerres mondiales, et notamment de la seconde, suscitait de multiples interrogations. Il y avait alors cinq associés d’importance dans l’entreprise des Schiaffino : l’un était l’homme du comité des Forges, Henri de Peyrimhoff -, le deuxième, Louis de Maniquet – oeuvrait dans les phosphates. Gaston Boulogne, pour sa part, était un haut fonctionnaire, qui dans les années 1910 avait plaidé pour le développement d’une compagnie maritime implantée directement en Algérie. Le quatrième était le duc de Valençay. Enfin, Théodore Ansbacher -”l’ami Théo” - était un financier qui avait apporté le capital nécessaire au développement de la compagnie d’armement. Or, pendant la deuxième guerre mondiale, Théodore Ansbacher, malgré sa fortune et son âge, fut dénoncé et mourut en déportation. Et les actions revinrent à la société. Que s’était-il passé ? Qui était à l’origine de la dénonciation ?

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