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Créer une identité de groupe – AN X-XI-XII L’aventure de la Transfusion sanguine

Par Olivier Boudot

Le scandale du sang contaminé conduit l’Etat français à de profondes modifications de sa politique de santé.
Inscrite dans une loi de 1998, la création de l’Établissement Français du Sang (EFS) en 2000 met un terme définitif à un système pluridécennal de collectes et de distribution des produits sanguins.
Déjà privés depuis 1993 de la préparation des produits et dérivés du plasma confiés au laboratoire français du Fractionnement et des Biotechnologies (LFB), les anciens Centres de transfusion sanguine (CTS) vivent, avec la création de l’EFS, la confirmation de la perte de leur autonomie. Désormais ils dépendent ad vitam d’une administration qui fixe les règles, les objectifs et les normes.
Dans la pratique, les choses ne sont pas si simples. Au travail quotidien réalisé sur le terrain par les CTS, en liaison avec les associations de donneurs de sang, se substitue une tutelle administrative, un fonctionnement qu’il faut chercher à incarner : très vite, l’EFS est confrontée à la question de sa légitimité. Comment faire valoir des compétences et une connaissance auprès des puissantes baronnies locales, actives et, pour certaines, remarquablement organisées  ?
C’et l’enjeu d’un livre relatant l’Aventure de la Transfusion sanguine ; son but est de mettre en exergue une culture commune, de contribuer à forger une identité de groupe reposant sur  une déontologie, une passion et des savoir-faire.
Une partie scientifique est confiée au journaliste, biologiste et historien Nicolas Chevassus-au-Louis.
Les autres parties représentent une plongée sur le terrain de la transfusion sanguine d’hier et d’aujourd’hui – sans oublier une partie prospective – en compagnie du photographe Jean-Baptiste Vetter et de l’illustratrice Magali Bartheye.
Des femmes et des hommes investis dans la collecte, des scientifiques, des directeurs de centres remarquables, à l’image de Jean-Jacques Huart dans le Nord, des portraits de donneurs… fondent leur récit dans une aventure commune, dont les pages s’écrivent tous les jours.
La Transfusion Sanguine, une grande aventure humaine, réalisée par Mémoires d’Hommes, Histoires d’Entreprises (éd. Anabole) est également distribuée en librairie via les éditions Télémaque.Différents types de sangEquipe mobile de donneurs en 1961La modernisation en marche

Transmettre les valeurs d’une société familiale - An VIII Poclain Hydraulics

Par Olivier Boudot

En 2008 Poclain Hydraulics fête cinquante ans d’existence. Symbolique, cet anniversaire est l’occasion de rappeler les forces et les valeurs d’une société familiale. Il faut remonter en effet deux générations pour trouver avec Georges Bataille, l’initiateur d’une belle aventure entrepreneuriale.
Héritier d’une distillerie familiale et fermier dans les plaines betteravières de Picardie, Georges est surtout remarquablement entreprenant et passionné de mécanique. Persuadé que les machines remplaceront les hommes, préoccupés par la souffrance des paysans lorsqu’ils ramassent les betteraves et la peine des animaux qui plient sou le fardeau, il conçoit les premières pelles mécaniques.
C’est la genèse de Poclain, entreprise créée en 1927 que reprendra et dirigera son fils Pierre, lequel en fera un des principaux groupes de l’Hexagone. En 1958, Pierre confie à son frère Claude, ingénieur, la responsabilité de trouver une solution pour améliorer la rotation des tourelles des pelles Poclain. Le G0, premier moteur hydraulique est né. De cette innovation,, en découleront de multiples autres faisant de cette invention une réussite mondiale pérenne grâce à une véritable stratégie d’innovation.
Par une série de concours exceptionnels, l’engagement notamment des cadres de la société, la faillite de Poclain dans les années 1970 n’a pas entraîné celle de Poclain Hydraulics, dont les rênes sont reprises par les Bataille.
En 2008, les trois fils de Pierre – Laurent comme PDG, Jérôme et Guillaume dirigent l’entreprise, perpétuant des valeurs fondatrices assises sur le christianisme social, la fidélité à la terre et à la Picardie, une très forte identité. Les questions de transmission, d’ouverture ou non du capital sont abordées à l’aides de consultants spécialisés et Poclain Hydraulics peut fièrement s’affirmer comme une ETI dont la solidité et le dynamisme, caractérisé notamment par le développement de filiales à l’international, reposent sur le capitalisme familial qui échappent à la volatilité de l’actionnariat financier.

Georges Bataille

Georges BataillePoclain Hydraulics en 1974

Camion Man motorisé par Poclain Hydraulics en essao

Camion Man motorisé par Poclain Hydraulics en essao

Une histoire pour créer une identité à la suite d’une acquisition - Sodie an VII

Par Olivier Boudot

En 2004, la société Sodie est reprise par Secafi-Alpha, un mariage qui a-priori a de quoi étonner : Sodie est spécialisée dans l’accompagnement des salariés sur les anciens territoires industriels confrontés à la fermeture de leurs sites. Anciennement département d’Usinor l’entreprise a pris son autonomie sous l’impulsion de Jacques Périès, tout en restant très suivie par Francis Mer, PDG du groupe sidérurgique et figure emblématique du patronat français.
Née dans le sillage des lois Auroux (1983)  pour fournir de l’assistance aux comités d’entreprises, Secafi Alpha a des clients qui sont à l’époque majoritairement issus de la CGT. Celle-ci s’oppose par nature à l’idée des licenciements dits économiques, lesquels “déclenchent” les missions de Sodie. Mais Pierre Ferracci, patron de Secafi, voit loin : l’idée de constituer un groupe intégrant toute la chaîne de l’emploi en lien avec la mutation des territoires s’inscrit dans la vision d’un plus fins connaisseurs du dialogue social en France.
Sodie au service de l’homme, concourt à la création d’une identité du groupe, en présentant la diversité et l’humanité des missions, des femmes et des hommes de Sodie à l’ensemble des salariés.
C’est par ailleurs un morceau de l’histoire de la reconversion des territoires industriels, initiée avec la fermeture des mines qui incita l’État français à créer avec Sofirem un premier outil d’accompagnement, dispositif reconduit avec la sidérurgie et les différents Sodie régionaux à l’époque (Nord, Lorraine, centre…). Après Usinor-Sacilor, Sodie a élargi sa clientèle œuvrant sur des entreprises et des territoires de plus en plus nombreux.


Quand les salariés s’approprient l’écriture de leur histoire. An VI - M’Real

Par Olivier Boudot

Réalisée à la demande de l’agence de communication Etat d’Esprit (Grégoire Milot), l’histoire de la papeterie M’Real pour ses cinquante ans en 2004, retrace une épopée industrielle florissante – quelques années plus tard la décision du groupe finlandais propriétaire de se désengager du papier lui sera quasiment fatale.

Pour la réalisation de l’ouvrage, l’entreprise choisit d’impliquer ses salariés en créant un groupe de projet dédié, lequel compte environ vingt salariés. Ces derniers s’investissent fortement dans la  recherche de documents, le lien avec les anciens et les retraités et une lecture critique réalisée au cours de sessions régulières.

Cette organisation, qui s’inscrit dans une stratégie plus générale, crée un effet miroir permanent dans le travail d’enquête et d’écriture que nous réalisons. L’appropriation du vécu se réalise en amont et permet des transmissions entre anciens et nouveaux salariés.

Comme souvent l’histoire de l’entreprise elle-même permet d’appréhender une réalité qui dépasse ses limites.

  • C’est d’abord l’utilisation de savoir-faire pré-existants dans la vallée de l’Eure, et plus précisément à Pont-de-l’Arche : cette ville autrefois réputée pour la fabrication de la chaussure a dû faire face au déclin de cette activité mais bénéficie toujours d’une main d’œuvre très compétente. L’implantation d’entreprises dans d’anciennes villes de mono-industries est une constante de la géographie industrielle.
  • C’est, ensuite, la possibilité de recourir à d’anciens prisonniers de guerres allemands pour construire les cheminées gigantesques dans lesquelles cuira la pâte-à-papier. Ils sont dirigés par un officier de marine français, le président fondateur de l’entreprise.
  • C’est, bien sûr, la proximité de ressources naturelles, en l’occurrence les anciennes forêts royales de Normandie pour le bois et La Seine pour le transport sur péniches.

Dans ce creuset se fondent les ingrédients de cette usine qui, bientôt pourra s’enorgueillir d’une machine à papier parmi les plus modernes en Europe, longue de plusieurs centaines de mètres.
En 2004, M’Real est au sommet. Mais la société n’est pas maîtresse de son destin…

De Sica à M'real

De Sica à M'real

An V-VI-VII-VIII - Transmettre la mémoire d’une famille d’entrepreneurs. Les Schiaffino

Par Olivier Boudot

Écrire l’histoire famille Schiaffino revient à suivre la construction du commerce maritime entre l’Algérie et la métropole (France), sur plusieurs siècles. C’est un travail d’historien qui, à partir de documents d’archives, amène à décrypter l’économie d’un secteur méconnu, celui des armateurs maritimes. C’est un secteur passionnant qui, pour échapper à la régulation, construit ses propres règles qu’il passe son temps à bafouer : épris de liberté, les armateurs rechignent à se soumettre à aucune règle et, finalement, finissent par sombrer corps et âme faute d’avoir honoré les accords passés dans le cadre des fameuses “Conférences”.
La complexité du transport maritime, le degré d’organisation depuis le choix des chantiers de construction à travers le monde, leur suivi, l’optimisation des navires, la négociation avec les marins, les dockers, les pouvoirs publics etc. : la réussite dépend de la maîtrise de paramètres innombrables, interagissant les uns avec les autres.
Laurent Schiaffino est expert dans la définition parfaite de sa flotte, ses navires étant remarquablement adaptés à leurs trafics, grâce à quoi il profite souvent d’un avantage compétitif.
Au-delà du secteur, c’est la question de la grande histoire qui se pose, celle qui traverse les guerres, voit la déportation sur dénonciation de  l’actionnaire Théodore Ansbacher avec une nouvelle répartition des parts (le délateur s’avèrera être le mari d’une petite-fille du financier), le rôle de Laurent Schiaffino dans la recherche d’une troisième voie pour sortir de la guerre, l’évolution des conditions de transport avec l’apparition de la chaîne du froid…, les modifications du port d’Alger sur lesquelles Laurent SchiaLe Marie-Louise Schiaffinoffino, président de la chambre de commerce, a son mot à dire, etc.
Cette mosaïque documentée par un profond travail de recherches mené sur plusieurs années, donnera lieu à la publication d’un ouvrage aux éditions Pascal Galodé. À travers le prisme d’une entreprise et d’un secteur, c’est toute l’histoire des relations entre la France et l’Algérie qui se révèle. Mais c’est aussi la manière dont chaque génération a préparé la suivante à prendre le gouvernail, un travail minutieux où ces hommes qui chaque jour défiaient la mer ne voulaient toutefois rien laisser au hasard.

AN V-VI-VII -Transmettre la mémoire familiale d’une entreprise - Les Schiaffino

Par Olivier Boudot

Avec Les Schiaffino, une dynastie d’armateurs, “Mémoires d’Hommes, Histoires d’Entreprises” aborde la question de la transmission de la mémoire d’une entreprise familiale.
Henri de Clermont-Tonnerre, gendre de Laurent Schiaffino veut une histoire de la famille Schiaffino depuis l’origine, en centrant bien sûr sur son beau-père, lequel a été le plus important armateur d’Algérie, par ailleurs sauveteur maritime, patron des acconiers (dockers), sénateur d’Alger, président de la CCI, de la Chambre régionale d’Algérie et propriétaire d’un journal.
Il existe des écrits sur l’Algérie qui évoquent la famille Schiaffino, mais tout y est faux (tendencieux). H. de Clermont-Tonnerre veut donc réhabiliter la mémoire de son beau-père, avec un contrat moral : que tout soit justifié par des sources historiques. Il a en sa possession, dans ses bureaux de la rue Miromesnil de Paris, plusieurs pièces emplies d’archives.
Il est vrai que la genèse de l’histoire prend source avant même la conquête de l’Algérie par la France, les Schiaffino de Camogli, un petit village de pêcheurs de la côte ligure, commerçant déjà avec ce qu’on appelait “les côtes barbaresques”. Et un Schiaffino aurait joué un rôle en transportant des dépêches au Dey d’Alger en 1827 dans un contexte des plus tendus.

La dynastie des Schiaffino

La dynastie des Schiaffino

Dès lors, les ancêtres de Laurent, en débutant par le port de Bougie (aujourd’hui Bejaïa) commencent à développer le cabotage en Algérie. Génération après génération, ils mettent en place un commerce maritime dont le véritable essor a lieu lors de la Première guerre mondiale. Peu avant que débute le conflit, Gaston Boulogne haut fonctionnaire français installé à Alger, a plaidé pour que l’Algérie ait une flotte capable de rivaliser avec celles des grandes compagnies métropolitaines, la Compagnie générale transatlantique et la CGM.
Boulogne rassemble autour de lui une poignée d’hommes influents : Henri de Peyerhimoff président du Comité central des Houillères ;  Louis de Maniquet (phosphates de Constantine) ; Théodore Ansbacher (riche financier) ;  et Charles Schiaffino, homme de la troisième génération, patron de sa petite flotte, sauveteur maritime, homme courageux et entreprenant.
À sa suite, Laurent, son fils prendra le relais et construira dans le temps la flotte de cabotage la plus puissante d’Algérie, perpétuant un savoir-faire ancestral fondé sur des capacités hors pair de gestion, de négociation, d’anticipation et le sens de la mer :  Laurent est lui aussi sauveteur, marin et combattant de la guerre (À suivre…).

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