Brève histoire de l’histoire d’entreprise en France (suite et fin)

Par Olivier Boudot

Dans la première partie de cet exposé sur l’histoire de l’Histoire d’Entreprise en France, nous avons décrit comment ce concept s’est développé, depuis la première histoire de la Caisse d’Epargne, publiée au début du siècle dernier, jusqu’à la fin des années 1980. Nous allons voir ensemble comment ce domaine a acquis ses lettres de noblesse.

Au cours des années 1990 les lignes de frontière s’estompent quelque peu. Des historiens intègrent les souhaits de projets pilotés par la communication des entreprises. D’autres deviennent les référents de secteurs que leur expertise permet de mieux décrypter. En même temps, des sociétés choisissent plus facilement de ne plus occulter les épisodes jugés peu glorieux. Qui comprendrait une histoire de Renault faisant l’impasse sur les choix du groupe au cours de la seconde guerre mondiale ?

Lorsque Henri de Clermont-Tonnerre me demanda d’écrire l’histoire des Schiaffino, ces puissants armateurs dont la vie et l’histoire se confondait avec celle de l’Algérie, il insista sur l’importance que tout ait une source : « J’ai travaillé aux côtés de mon beau-père Laurent Schiaffino pendant plus de 20 ans. A ma connaissance il n’a jamais rien commis de répréhensible. Mais si cela était, je voudrais le voir mentionner », dit-il. Cette requête porte en soi les grandeurs et les limites de l’exercice : s’il était parfaitement objectif elle n’aurait pas même besoin d’être formulée.

Progressivement l’histoire d’entreprise est entrée dans les mœurs. En période d’incertitudes, la lecture des stratégies menées au cours du temps est un outil d’aide à la compréhension, parfois à la décision. La lecture du passé est un miroir qui peut s’avérer précieux d’enseignements. Les paris qui ont été pris, les valeurs qui ont guidé les choix favorisent la cohésion et légitiment des sociétés en quête d’identité. L’histoire d’entreprise est aussi une manière de rendre hommage à tous ceux qui travaillent sans posséder une vision globale de ce qu’ils vivent. Toute entreprise est d’abord une aventure humaine dans laquelle le hasard, l’opportunisme et l’irrationnel ont aussi leur part.

Dans l’histoire de la fonderie FWF, success story à la française, la nuit de négociations menées entre Dick Muzzy, du groupe Holland Hitch et Marc Genot, fondeur et aciériste français dans l’appartement de ce dernier pèse autant que toute la préparation du contrat. précédé. A son issue, l’avenir professionnel de plusieurs centaines de femmes et d’hommes est engagé. Ecrire la vie des entreprises nécessite de savoir conjuguer des visions macro et micro-économiques, de marier le discours d’acteurs multiples avec réalités structurelles et conjoncturelles. De la sorte, les histoires sont autant d’épopées, de « chansons de geste » qui se fondent dans la grande histoire économique et sociale.

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Un commentaire to “Brève histoire de l’histoire d’entreprise en France (suite et fin)”

  1. Rousseau Nadine

    j’ai été tres interressée par votre article concernant Laurent Schiaffino sans plus attendre je vais me commander votre livre( je suis la descendante de Catherine Schiaffino; par votre intermediaire me serait il possible d’avoir les coordonnées de Mr Henry Clermont TONNERRE;
    j’attends avec impatience votre réponse,

    Je vous prie d’agréer, mes salutations sincères et empréssees.

    Nadine Rousseau.

    #37

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