Brève histoire de l’histoire d’entreprise en France

Par Olivier Boudot

L’histoire d’entreprise débute en France avec le vingtième siècle. En 1900, Eugène Bayard, maître des requêtes, publie en 550 pages à la typographie serrée l’histoire de la Caisse d’Epargne, dont il est agent général. Lui succèdent avant la Grande Guerre quelques sagas, telles que celle du PLM, réalisée en 1907, pour les 50 ans de la compagnie, celle de Lafarge, à l’occasion des 70 ans de l’entreprise ou, en 1913, celle du Crédit Lyonnais pour célébrer l’anniversaire de la banque fondée en 1863 par Henri Germain.

A l’issue du conflit, les parutions reprennent à un rythme limité. De 1923 à 1938, deux livres sortent en moyenne chaque année. Déjà se font jour deux conceptions divergentes: d’un côté l’ouvrage savant et documenté, de l’autre, à l’instar du PLM le livre illustré racontant de belles histoires consensuelles. Draeger, éditeur d’art fera florès dans cette seconde catégorie publiant des catalogues et Beaux Livres jusque 1960 sur des grandes marques du luxe ou autres, comme Hispano-Suiza.

Pour de multiples raisons, le livre d’entreprises reste longtemps confidentiel. A la deuxième guerre mondiale, période de pénurie, succèdent les Trente Glorieuses. Confiants dans l’avenir, les dirigeants dédaignent dans l’ensemble tourner leur regard vers le passé. Toutefois, au cours de cette période, vers 1960 des universitaires français investissent ce domaine. Claude Fohlen en 1955 avec l’histoire de Méquillet-Noblot, Betrand Gille, Pierre Guillaume ou François Caron dont les thèses ont pour sujets respectifs la banque Rothschild en 1965, la compagnie des mines de la Loire (1969) ou celle de Chemins de fer du Nord (1973) posent les jalons d’une discipline nouvelle. Notons que celle-ci existe aux Etats-Unis depuis 1927 avec l’ouverture d’une chaire de Business History à la prestigieuse université d’Harvard.

Vers 1980, le nombre de publications augmente. L’offre se structure avec l’apparition de cabinets spécialisés. Médiatisant le concept américain, le fondateur de Public Histoire, Felix Torres, exprime l’idée que toute entreprise sera amené à écrire un jour où l’autre son histoire. ClioMedia de Pierre Dottelonde, Textuel et d’autres entités investissent un secteur en vogue. La dualité inhérente à la finalité des livres (schématiquement objectivité historique versus communication) perdure. Elle s’accroît même un temps du fait de la co-existence d’acteurs dont la méthodologie, la rigueur et les motivations diffèrent. A titre d’illustration plusieurs dizaines d’ouvrages sortent sans signature. Il témoignent de la volonté des entreprises de contrôler leur mémoire pour délivrer des messages, quitte à occulter des faits qui les dérangent.

(à suivre)

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