Comment un secteur a t-il été amené à prendre sa destinée en main ou une brève épopée de l’acier moulé - 2e épisode

Par Olivier Boudot

Fatales indécisions

Dans le premier épisode, nous avons suivi le processus qui conduisit deux fonderies de l’Est de la France, autrefois ennemies, à fusionner de manière inattendue. Ce deuxième volet, met le jeune groupe d’acier moulé, constitué au milieu des années 1960 dans une situation paradoxale : l’Etat lui demande de reprendre  très célèbre fonderie de Decazeville.

«  La fusion réussie entre rivaux eut des conséquences inattendues. En juillet 1973, M. G m’appela : « Raymond Barre a décidé que vous reprenez la Fonderie d’acier de  Decazeville », m’annonça t-il. « Ça tombe, mal, je pars en randonnée en Corse, » lui répondis-je. « Ah bon ? J’enverrai un escadron de gendarmes vous chercher, » rétorqua-il laconiquement.

L’affaire en resta là jusqu’au mois de septembre où je suis de nouveau contacté. Cette fois ce sont les syndicats : « M. Barre nous a dit que vous repreniez Decazeville, nous aimerions vous rencontrer » m’expliquent-ils. Je change de stratégie et m’incline, à mes conditions toutefois : mon groupe n’a aucune raison d’ y dépenser le moindre centime et les pertes nous seront remboursées au franc le franc. Enfin, je demande à ne pas être le seul actionnaire et suggère la Compagnie des Compteurs du groupe Schlumberger. Jean Trichet, alors directeur du Comité interministériel des restructurations industrielles (CIRI), donne son accord  Je me souviens de la réunion, dans les locaux de la rue des Enfants avec Michel Vaillaud futur président de Schlumberger, condisciple d’études de Jean Trichet. L’ambiance est tendue. La solution préconisée par Raymond Barre pour la reconversion des houillères est antilibérale ( elle perturbe de plein fouet une profession sinistrée), antiéconomique et se révélera inefficace et ruineuse pour l’avenir. La fonderie que nous avons reprise représente le plus important poste de subventions du CIRI : Decazeville perd 100% de son chiffre d’affaires  C’est dire ! L’affaire a rapidement une conséquence inattendue : Schlumberger n’accepte de certifier les comptes que si  la subvention perçue est comptablement soumise à TVA comme nos autres recettes : de là date l’intégration de la TVA dans les subventions de l’ Etat Français

Cette situation ubuesque perdura environ dix ans. Les dirigeants successifs du CIRI, serviteurs de l’ Etat de très haute qualité , disaient de chœur avec nous :  c’est ridicule, il faut fermer ! Mais tout le monde reculait. Car une logique politique que la raison ne reconnaît pas entrait en ligne de compte : 400.000 électeurs sont en jeu, irait-on jusqu’à affirmer. Ces tergiversations m’ont même valu une séquestration !

En 1983, je préside la profession européenne de l’acier moulé. Nous sommes un certain nombre à penser qu’il n’est plus possible d’accepter cette situation. C’est alors que nous décidons de nous « rebeller » et de prendre en charge nous mêmes la fermeture de Decazeville. Elle devra s’inscrire dans un plan plus vaste de restructuration de notre secteur. »

D’après un témoignage de Marc Genot

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