Comment un secteur a-t-il été amené à prendre sa destinée en main ou une brève épopée de l’acier moulé.
Une intention peut-elle déterminer une stratégie ?
In fine, Decazeville a fermé, et les AFE iront en bourse et deviendront le premier groupe mondial d’acier moulé, ainsi que l’avait souhaité Jean de Boisfleury, le premier partenaire de l’histoire. A l’époque, cela paraissait un vœu pieux. Deux PME de taille moyenne évoluant dans un secteur sinistré : l’idée ne paraissait pas sérieuse ! Pourtant elle a abouti. Peut-on en déduire qu’une intention peut valoir stratégie ? Qu’elle peut déterminer une ligne de conduite ? Dans le monde de l’entreprise, la question des déterminants stratégiques est rarement abordée. Pour paraphraser l’adage « seule la victoire est belle », « les seules stratégies valables sont celles qui ont réussi ». Autrement dit, une stratégie se juge sur pièce, à l’effet obtenu, bien souvent sans aucun regard rétrospectif sur le mécanisme qui a conduit au résultat. Pour preuve, de très grands groupes n’affichent souvent d’autre ambition stratégique que de « suivre le mouvement » initié par un leader. Avec des conséquences parlant d’elles-mêmes : plusieurs années après les mégafusions initiées à la fin des années 1990, une étude a révélé qu’une fusion sur deux avait produit des résultats positifs, une sur deux le contraire !
Une anecdote met en lumière la difficulté, même au plus haut niveau, d’avoir une approche spécifique en matière de décision : « A l’assemblée générale des cadres, on m’a posé la question suivante : quelle est votre stratégie, monsieur le président ? Il n’y en pas une mais plusieurs ai-je répondu. Consternation générale. Etais-je si incompétent que je sois incapable d’avoir une stratégie ? J’ai “rectifié tout de suite le tir” », m’a confié il y a peu l’Ambassadeur de France Francis Gutmann, ancien président de grands groupes. En conclusion, une intention, comme celle signifiée par Jean de Boisfleury, peut parfaitement déterminer une stratégie.
