Dans les coulisses d’une histoire - les Ateliers et Chantiers du Havre

Par Olivier Boudot

Rappel : à la suite d’un premier voyage infructueux au Havre, je me trouve par hasard en contact avec Michel Bove, chargé par l’Etat de mettre fin à un imbroglio inextricable et à une monumentale gabegie financière. Il me propose de le rencontrer à Paris.

Michel Bove me reçoit dans son bureau de la rue de Grenelle, à l’Inspection générale de l’industrie et des finances - en 2009 ces locaux sont occupés par le conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale dirigé par Jacques Delors. Je découvre un homme vif, habité par une grande énergie. Il perçoit immédiatement l’intérêt d’un livre relatant l’histoire des chantiers navals du Havre. Plus encore, le rôle de l’Etat et la description des actions mises en place doivent trouver place dans un tel récit. Brièvement, il entreprend de m’expliquer son métier. Je n’en comprends pas encore toutes les facettes. Ce que je retiens de ce premier entretien, est principalement sa dimension de négociation, les discussions incessantes, tendues avec toutes les parties concernées. Au terme de la mission d’un Michel Bove, il n’y a pas d’autre issue qu’un acte de décès définitif. Mines, sidérurgie, chantiers navals de la Ciotat, Potasses d’Alsace, etc : depuis plusieurs décennies déjà d’anciens fleurons industriels ont disparu dans la même incompréhension, douleur et, la plupart du temps, la même et terrible absence d’anticipation de la part des Pouvoirs Publics. Le rôle tenu par Michel Bove est très particulier. “Fossoyeur, liquidateur, nettoyeur” : l’amertume pointe derrière les appellations dont certains le désignent sur place : “Souvent, lorsque je me rends au Havre, je descends à la gare précédente, déguisé de manière à ce que nul ne me reconnaisse“, me confie t-il. Est-ce de l’amusement qui filtre à travers ses yeux très clairs ? Je sors de cet entretien perplexe. Il est près de treize heures. Le bruit des travaux qui ont cours cet été 1999, rue de Grenelle s’est atténué. Moins de poussière et de bruit, mais une grande chaleur. Je pense déjà à repartir au Havre, à la rencontre des hommes du chantier. Qui sont-ils ? Que me diront-ils ? J’ai en main quelques documents confiés par mon interlocuteur. Ils parlent de reclassement de salariés, de formations, de tout un ensemble de démarches dont la teneur m’apparaît encore bien obscure. Ce n’est que plus tard que je pénétrerai les mécanismes de la conversion industrielle.

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