Dans les coulisses des Ateliers et chantiers du Havre

Par Olivier Boudot

A l’issue de mon entretien avec Michel Bove, chargé par le gouvernement de négocier les conditions de fermeture des chantiers navals du Havre, je décidai de repartir sur place. Je rencontrai les syndicalistes dans leur petit local sur le site dit chantier de Graville. Ils se montèrent réceptifs et commencèrent de me raconter leur histoire. Jean-Louis Jegaden, le secrétaire du comité central d’entreprise, était un homme vif et précis dans ses propos. A l’âpreté du combat mené pour la survie du chantier, aux grands moments au cours desquels toute la ville s’était mobilisée pour son industrie se mêlaient le désarroi et, surtout, l’incompréhension. Comment avait-on pu en arriver là ? Cette question affleurait sous les récits suscitant soudainement, chez tel ou tel, un mouvement de colère ou de profonde tristesse. Plus que jamais, je fus persuadé que mon travail n’aurait de valeur qu’en épuisant cette question du « sens ».Plus que la recherche d’une vérité unique, à laquelle je ne croyais guère, notre enquête devait contribuer à réduire cette opacité étouffante dans laquelle des hommes se débattaient avec peu d’espoir.Peu avant dix-sept heures, avec Arnaud de la Roulière qui m’accompagnait pour  l’image, je gravis l’escalier qui menait à l’administration. Le bâtiment n’était pas bien reluisant. Je poussai une porte et nous entrâmes dans un vaste secrétariat. Un homme debout, tenant des papiers à la main et dictant son emploi du temps à une secrétaire, releva la tête, et s’enquit des raisons de notre présence. « Un livre ? La mémoire. Oui, vous avez raison c’est important », nous dit-il, avant de reprendre le cours de ses activités. Cet homme avait, me souvient-il, un regard très bleu, celui que l’on associe aisément aux hommes de la mer. J’appris peu après qu’il s’agissait effectivement d’un marin passionné, prenant le large dès que son emploi du temps le lui permettait. Gilles Fournier, en l’occurrence, avait pris la responsabilité de l’entreprise dans cette période si délicate. Il était par ailleurs le fils de Gilbert Fournier, l’ingénieur sans lequel les Ateliers et chantiers du Havre n’auraient pas eu la destinée éblouissante qui fut la leur pendant de longues décennies.

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