Ecrire une histoire d’entreprise. 2 A l’ombre de l’histoire

Par Olivier Boudot

La mort en déportation de Théodore Ansbacher dont les actions étaient revenues à la société de Laurent Schiaffino posait d’évidentes questions. Je m’attelai à la recherche de réponses, non sans un certain trouble. Le travail de l’historien requiert une certaine distance sans laquelle l’objectivation n’est pas possible. Mais cela faisait deux ans que je travaillais sur l’histoire d’une dynastie pluriséculaire et, sans en idéaliser les protagonistes, tout ce que j’avais appris plaidait dans le sens de la fidélité des Schiaffino à leurs amis. Des premiers Schiaffino présents dès avant 1840 sur le port d’Alger à Laurent,  de nombreuses générations s’étaient déjà succédées. Et ces marins et sauveteurs maritimes semblaient courageux et loyaux. Plus encore, puisant leurs valeurs dans la terre ligure où reposaient leurs ancêtres, ils avaient fondé le développement de leurs entreprises en s’appuyant sur des cercles de proches, parents et amis. Un tel fonctionnement requiert une forme de promesse, celle de ne jamais trahir. Certes, cela ne les empêchait aucunement d’être, comme l’on dit “durs en affaires”. Ce n’était pas sans être rompu à la redoutable complexité des relations entre armateurs que Laurent allait faire de son entreprise l’un des plus puissants groupes d’Algérie. De là à l’imaginer dénoncer Théodore Ansbacher il y avait un pas – un gouffre – que je n’envisageais pas.

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