AN III et IV : des causes du déclin industriel français / les ACH

Par Olivier Boudot

Salariés des ACH années 1900

Salariés des ACH années 1900

Les causes de la chute des Ateliers et Chantiers navals du Havre sont évidemment plurielles. Le facteur humain a son importance : les ACH mourront de manière cruelle, ses ouvriers – chaudronniers, soudeurs, électriciens – longtemps considérés comme l’élite de la construction navale s’avérant soudain “incapables” de se conformer aux exigences imposées l’armateur norvégien Stolt Nielsen pour la fabrication de chimiquiers.
Mais il est vrai que le cahier des charges est diabolique. Le degré de précision des soudures autogènes permet à l’armateur de faire reprendre indéfiniment chaque point par les soudeurs et cela vaut pour tous les travaux :

  • Pour la première fois depuis plus de cinquante ans Gilbert Fournier, le PDG et l’homme de tous les développements, n’a pas été à la barre pour négocier le contrat. Or, tout a toujours souri à l’ingénieur, marin, pilote d’avion, inventeur et entrepreneur et les Ministères ont mené la restructuration du secteur, la fin des grands chantier – la fermeture, entre autres, de La Ciotat – en dialogue constant avec lui.
  • Son absence a certainement pesé dans la négociation des aides, ces subventions théoriquement incompatibles avec les règlements européens, mais sur lesquelles on ferme les yeux pour maintenir la construction navale à flot.
  • Problème de management :  le pouvoir de décision n’est pas clairement identifié et les actionnaires en présence ne sont pas des industriels.
  • Volonté politique hésitante : a t-on accepté en haut lieu de sacrifier l’avant-dernier grand chantier de la construction navale pour concentrer tous les efforts sur Saint-Nazaire ?
  • Le courtier maritime Barry Rogliano Salles a t-il joué double jeu ?
  • Manque de compétitivité : dans les années 1960 la négociation de contrat avec le Japon s’est accompagnée de transfert de savoir-faire, des ingénieurs français ont été envoyés sur place. La Corée du Sud a emboîté le pas : l’avantage compétitif des français, fondé sur la technologie se réduit.
  • Gabegie de l’État : avant de prendre la mesure de la situation, la France a dépensé des centaines de millions de francs pour maintenir le chantier en vie. Décision a été finalement en haut lieu d’envoyer un émissaire – un “nettoyeur” qui devra coordonner tous les services sur place pour gérer la fermeture définitive et l’après. Il existe en France une dizaine de personnes capables d’assurer de telles missions et qui ont ainsi accompagné la fin des mines, puis de la sidérurgie, puis de la construction navale. L’homme de la mission est l’un d’entre eux, Michel Bove. Il se déguise pour prendre le train et descend une station avant Le Havre pour ne pas être pris à parti.
  • Éternel désamour de la France pour tout ce qui est lié à la mer ?
  • Évolution macro-économique : la fin des cycles industriels, l’abandon par l’Europe, Angleterre et France en tête à l’époque, de son industrie et, par là, d’une partie de son patrimoine culturel et humain pose la question toujours ouverte de l’internationalisation et des politiques menées face à la mondialisation ?

Il y a de tout ceci, et autre chose encore dans ce livre.  Les voix qui le composent sont multiples. Henri Daubenfeld, le résistant qui conduisit les Canadiens à la nage pour leur permettre de rentrer au Havre lors de la Libération est l’étonnant conteur du village des neiges, de son histoire du temps des frayères de poissons, des roselières, de la nature et de l’ouverture sur la mer.
Michel Bove raconte les coulisses des restructurations, vues du côté de l’État
Politiques, syndicalistes, hommes et femmes de métier témoignent de la grandeur et du drame de la construction navale havraise.
La Grande Traversée des ACH
est la troisième histoire d’entreprises de la collection MHHE.

Le livre porte également sur l’histoire du Havre, depuis sa fondation par François Premier et, plus particulièrement, sur l’ancien village des Neiges où était implanté le principal chantier de construction.
L’iconographie et la maquette ont été réalisés par Arnauld de la Roulière qui a choisi chaque image. Certaines ont été retrouvées à l’issue d’une longue enquête. Il s’agit notamment des visages des salariés vers 1900. Nous les avons scannés sur plaques de verre.
Pascal de Floris a assuré le secrétariat de rédaction, des dizaines d’heures de travail.
Mais que s’est-il vraiment passé ?

Construction des chimiquiers

Construction des chimiquiers

Oiseaux de l'estuaire - Dessin Fabrice Ronget

Oiseaux de l'estuaire - Dessin Fabrice Ronget

Mots-clef: , , ,

Laissez un commentaire

Abonnement

Pour recevoir les prochains articles par courriel, inscrivez votre adresse puis validez: